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| ATLAS - PORTULAN de TROIS CARTES de la MEDITERRANEE
par FRANCOIS OLLIVE
- 1646.
Le 4 mars 2003, Xavier GAUDUCHEAU et Carole JEZEQUEL
de l'étude
BRETAGNE ENCHERES proposaient un atlas manuscrit dans leur
salle des ventes de Rennes dans le cadre de notre vente
annuelle d'antiquités et objets de marine.
Cet atlas de François OLLIVE a été acquis par l'Etat.
Pour parvenir à cette acquisition, l’Etat a dû successivement
utiliser
le classement et le droit de préemption.
Historique
:
LA
DECOUVERTE DE L'OBJET
L'atlas
nous avait été confié suffisamment tôt pour que, dès le
mois de septembre, Lise, mon associée, et moi, puissions
prendre contact avec Madame Catherine HOFFMAN, Directrice
du département des cartes et plans à la Bibliothèque Nationale.
Ce choix était dicté par les relations régulières que
nous avions autour des globes présentés en ventes publiques
et dont la Bibliothèque Nationale s'est souvent portée
acquéreur, cela venait de se produire..
Nous avions souhaité que le restaurateur soit présent,
un des feuillets nous paraissant fragilisé.
L'intérêt pour l'atlas a, bien sûr, été unanime, la préservation
de la troisième carte envisagée sans problème ...
Lise a garanti que cet ensemble ne serait pas présenté
à la vente avant le mois de mars, tout en invitant Madame
Hoffmann à faire vite : nous entrions dans la période
la plus dangereuse. Le vendeur-déposant
restant propriétaire jusqu'au coup de marteau et pouvant
toujours se rétracter pour vendre de gré à gré à l'étranger
ou en France. Des fuites étant prévisibles et mon estimation,
80000 à 100000 €, étant susceptible d'attiser les
convoitises.
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LA DECISION DE L'ACQUISITION : POURQUOI ACHETER ? ACHETER POUR OU ? |
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Il
a été reproché au Ministère de la Culture d’utiliser
le denier public avec un manque de discernement artistique.
Effectivement, dans les années 80, certaines acquisitions
ont paru disproportionnées et ont suscité l'intervention,
très médiatisée, de spécialistes. Ceci a mis fin à un
rythme d'achat un peu compulsif.
Aujourd'hui, les choses sont différentes. Les publications
de la Cour des Comptes, les mises en ligne sur internet
et autres communications, font que les actions du Ministère
de la Culture sont sous haute surveillance. De plus, cette
surveillance n’est plus uniquement exercée par leurs
pairs, les achats et les commentaires associés
faisant de plus en plus fréquemment les brèves de quotidiens
grand public.
Parallèlement,
une relation de confiance s'établit progressivement entre
marchands, experts et responsables de départements ou
de commissions du patrimoine.
Dans
le cas qui nous intéresse, et pour résumer : il ne fallait
pas laisser échapper cet atlas.
L'intérêt de celui-ci pour le patrimoine n'a, à aucun
moment, été mis en doute.
Il fallait ensuite s'assurer de rester dans des limites
raisonnables de montant d'acquisition, nous verrons plus
loin par quel moyen.
Il
a été décidé, enfin, d'en faire profiter une collectivité
locale qui réfléchissait depuis quinze ans à un grand
projet de bibliothèque méditerranéenne, prévue, de surcroît,
à une portée d'arbalète de l'atelier de François Ollive.
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| LA PREPARATION DE L'ACQUISITION |
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Au
mois de décembre, les Commissaires-priseurs, Carole Jezequel
et Xavier Gauducheau ont été
prévenus que l'atlas devait être présenté à la commission
des Musées Nationaux.
Compte tenu du calendrier, nous convenions avec le Président
de la commission de prendre date pour le début d'année
suivante, à l'occasion d'une commission peu chargée.
Le 6 janvier, la commission des trésors nationaux se réunissait
pour une sculpture et les portulans, ce qui me permettait
d'attendre la délibération sur place : une heure après,
l'atlas était classé trésor national.
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Avis n° 2003-03
de la commission consultative des trésors nationaux
NOR : MCCF0300026V
Saisie par
le ministre de la culture et de la communication en application
de l'article 7 du décret no 93-124 du 29 janvier 1993
modifié relatif aux biens culturels soumis à certaines
restrictions de circulation ;
Vu la loi no 92-1477 du 31 décembre 1992 modifiée relative
aux produits soumis à certaines restrictions de circulation
et à la complémentarité entre les services de police,
de gendarmerie et de douane, notamment son article 7 ;
Vu le décret no 93-124 du 29 janvier 1993 modifié relatif
aux biens culturels soumis à certaines restrictions de
circulation ;
Vu la demande de certificat d'exportation déposée le 17
septembre 2002, relative à un Atlas portulan de la Méditerranée
de François Ollive, encre et gouache sur vélin, 1646,
La commission régulièrement convoquée et constituée, réunie
le 6 janvier 2003,
Après en avoir délibéré,
Considérant que l'oeuvre pour laquelle le certificat d'exportation
est demandé est un atlas d'une exceptionnelle qualité,
composé d'un ensemble complet et parfaitement cohérent
de trois cartes figurant la Méditerranée occidentale,
centrale et orientale, insérées dans une belle reliure
d'époque ; qu'il a été exécuté par François Ollive,
issu d'une dynastie de cartographes originaires de Majorque
et représentant le renom de l'école d'hydrographie de
Marseille du xviie siècle, alors
en plein développement ; qu'il constitue la première oeuvre
actuellement connue de cet hydrographe, datée, signée
et conservée dans un excellent état ; qu'en outre, il
s'agit d'un portulan d'une remarquable originalité par
son iconographie très abondante et inhabituelle dans la
cartographie marine manuscrite, illustrée de représentations
des allégories des quatre éléments ainsi que de surprenantes
scènes bibliques ; que cet atlas témoigne d'un aspect
inédit des réalisations de François Ollive et aussi de la vitalité de la production hydrographique
provençale au xviie siècle ;
Qu'en conséquence
elle présente un intérêt majeur pour le patrimoine national
du point de vue de l'histoire et de l'art et doit être
considérée comme un trésor national,
Emet un avis favorable au refus de certificat d'exportation
demandé.
Pour la commission :
Le président,
E. Honorat
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| PARALLELEMENT,
LA VENTE S'ORGANISE |
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Les
publicités et l'expédition du catalogue n'ont fait que
préciser les conditions et dates de la mise aux enchères
de l'atlas, je pense pouvoir dire que tous les amateurs
concernés étaient au courant.
Si
notre devoir de réserve nous empêchait d'aborder toute
probabilité d'une préemption d'Etat, nous devions, en
revanche, faire part aux étrangers de la décision de classement
au titre de trésor qui interdisait l'exportation. Lise,
à qui je laissais volontiers les conversations anglophones,
a dû décliner, entre autres, une participation à la création
in extremis
d'une SARL franco-américaine autorisée à surenchérir.
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L'ACQUISITION
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La
vente aux enchères s'est déroulée à Rennes, en nocturne,
dans la salle des ventes de BRETAGNE ENCHERES.
Carole JEZEQUEL était "au marteau", dissimulant,
plus que maîtrisant, comme à l'habitude, ses sentiments,
devant une salle très attentive et tout aussi émue. De
50000 €, prix de départ, les enchères ont atteint
120000 € soit 20% de plus que l'estimation. Une
jeune femme est intervenue, au nom des Musées de Bretagne,
pour manifester le désir de l'Etat d'utiliser son droit
de préemption pour acquérir l'atlas.
Le dernier enchérisseur s'est levé et a quitté la salle
: c'est une erreur, l'état ayant deux semaines pour se
rétracter, il utilise parfois ce droit lorsque des analyses
plus fines l'invitent à revenir sur sa décision. Toujours
transiter par l'estrade pour y laisser ses coordonnées.
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| LE
REGLEMENT DE L'ACQUISITION
Bien que ce soit l'Etat qui se soit porté acquéreur de l'atlas, il
l'a fait pour le compte d'une collectivité locale, celle-ci
n'ayant pas la possibilité d'utiliser le droit de préemption.
C'est cependant à cette collectivité d'en assurer
le paiement.
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Délibération
du Conseil Municipal de la ville de Marseille :
VILLE DE MARSEILLE
REPUBLIQUE FRANCAISE
DEPARTEMENT DES BOUCHES-DU-RHONE
EXTRAIT DES REGISTRES DES DELIBERATIONS DU CONSEIL MUNICIPAL
Séance du 19 Mai 2003
PRESIDENCE DE MONSIEUR Jean-Claude GAUDIN, Maire de Marseille,
Sénateur des Bouches-du-Rhône.
L'Assemblée formée, Monsieur
le Maire a ouvert la séance à laquelle ont été présents
membres.
03/0528/CESS
DIRECTION GENERALE DES AFFAIRES CULTURELLES - DIRECTION
DES BIBLIOTHEQUES - Acquisition d'un atlas-portulan
du XVIIème siècle - Demande de subvention.
03-8122-BM
- o -
Monsieur le
Maire, sur la proposition de Monsieur le Conseiller délégué
aux Musées, Monuments Historiques, aux Bibliothèques,
au Muséum, aux Archives Communales, et au Cabinet des
Médailles, soumet au Conseil Municipal le rapport suivant.
La Bibliothèque
Nationale de France a attiré l'attention de la Direction
des Bibliothèques de la Ville de Marseille sur un projet
de vente aux enchères concernant un atlas - portulan,
œuvre d'un hydrographe marseillais du XVII° siècle,
François OLLIVE.
La Commission
consultative des Trésors Nationaux, consultée à ce sujet,
a émis
le 6 janvier 2003 un avis favorable au refus du certificat
d'exportation et proposé le classement
comme Trésor National (arrêté du 16 janvier 2003, après
avis n°2003/03 de la Commission, J.O.
du 25 janvier 2003).
Cette pièce,
reconnue comme exceptionnelle, date de 1646. Elle est
composée d'un ensemble complet et cohérent de trois cartes
figurant la Méditerranée centrale, occidentale et orientale
dans une reliure d'époque, et dont l'iconographie est
abondante et inhabituelle.
C'est un remarquable
témoignage de la vitalité de la production hydrographique
provençale au XVII° siècle.
Cette pièce
viendra enrichir le fonds de portulans méditerranéens
de la Bibliothèque Municipale, fonds développé depuis
de nombreuses années, et rehaussera de manière tout à
fait opportune nos collections, au moment où Marseille
se prépare à ouvrir au public la future Bibliothèque Municipale
à Vocation Régionale « l'Alcazar ».
Le Ministère
de la Culture et de la Communication, Direction du Livre
et de la Lecture, a informé la Ville de son intention
d'accorder une subvention substantielle pour l'acquisition
de cet atlas.
Telles sont les raisons qui nous incitent à proposer au
Conseil Municipal de prendre la délibération ci-après
:
LE CONSEIL
MUNICIPAL DE MARSEILLE, VU LE CODE GENERAL DES COLLECTIVITES
TERRITORIALES, OUÏ LE RAPPORT CI-DESSUS
DELIBERE
ARTICLE 1 Est
approuvée l'acquisition par la Ville de Marseille d'un
atlas-portulan du
XVIIème siècle, œuvre d'un
hydrographe marseillais, François OLLIVE.
ARTICLE 2 Le montant de l'acquisition est estimé à 120
000 Euros HT, soit 138 011,76 Euros TTC.
ARTICLE 3 Les crédits nécessaires à cette acquisition
seront imputés au Budget 2003
de la Direction des Bibliothèques - nature 2161 - fonction
321 - service 382 - opération 2442-03.
ARTICLE 4 Monsieur le Maire ou son représentant est habilité
à solliciter la subvention attendue de 93 800 Euros, (quatre
vingt treize mille huit cents Euros) auprès du Ministère
de la Culture, Direction du Livre et de la Lecture.
Vu et présenté pour son enrôlement à une séance du Conseil
Municipal
MONSIEUR LE CONSEILLER DÉLÉGUÉ AUX MUSÉES, AUX MONUMENTS
HISTORIQUES, AUX BIBLIOTHÈQUES, AU MUSÉUM, AUX ARCHIVES
COMMUNALES ET AU CABINET DES MÉDAILLES
Signé : Roger LUCCIONI
LE MAIRE DE MARSEILLE
SENATEUR DES BOUCHES-DU-RHONE
Jean-Claude GAUDIN
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LA PRESENTATION DE L'ACQUISITION |
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| MARSEILLE
(Communiqué de l'AFP) - 14/11/2004 17h21 -
Le Président Jacques Chirac a inauguré dimanche, dans
une vaste cohue, la bibliothèque de l'Alcazar à Marseille..
... Il s'est fait expliquer le fonctionnement de la plus
grande bibliothèque hors Paris, projet lancé il y a 17
ans sur le site de l'ancien music-hall de l'Alcazar....
...
Le Chef de l'Etat a observé à la loupe des documents
rares, dont trois cartes manuscrites enluminées sur parchemin
formant l'Atlas-portulan de
la Méditerranée de François Ollive,
géographe marseillais, et datant de 1646, qui constitue
"un trésor national"....
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| CONCLUSION |
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Sans l'action délibérée que nous avons souhaitée et menée
à bien avec Carole Jezequel
et Xavier Gauducheau, l'Etat
n'aurait été averti de la mise en vente de cet atlas de
trois cartes portulans, qu'à l'occasion des publicités
et de la réception du catalogue, soit dans les délais
légaux des quinze jours précédant la vente.
L'utilisation du droit de préemption aurait été possible
mais, sans le classement comme trésor national, la possibilité
d'une surenchère étrangère aurait rendu l'acquisition
incertaine.
De son coté, le propriétaire de l'atlas, qui avait envisagé
un produit de vente d'environ le cinquième du résultat,
était très satisfait. Il est à noter, de surcroît,
que l'acquisition étant le fait d'un musée national, le
vendeur est exonéré de la plus-value de 5% (ici, une Twingo
neuve).
En ce qui nous concerne, nous avons compensé notre participation,
sinon notre "complicité", à limiter le marché
au territoire français, par une importante publicité au
niveau national.
Le
montant d'adjudication atteint, un record pour ce type
d'atlas, son acquisition pour le compte d'un tout nouveau
musée dans sa ville de création, témoignent, si
besoin est, qu'un partenariat responsable reste le meilleur
moyen de maintenir ou enrichir le patrimoine national
tout en préservant les intérêts de chacun.
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