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Mise à jour : 01.01.05

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ATLAS - PORTULAN de TROIS CARTES de la MEDITERRANEE
par FRANCOIS OLLIVE - 1646.

Le 4 mars 2003, Xavier GAUDUCHEAU et Carole JEZEQUEL de l'étude
BRETAGNE ENCHERES proposaient un atlas manuscrit dans leur salle des ventes de Rennes dans le cadre de notre vente annuelle d'antiquités et objets de marine.
Cet atlas de François OLLIVE a été acquis par l'Etat.
Pour parvenir à cette acquisition, l’Etat a dû successivement utiliser
le classement et le droit de préemption.

Historique :

LA DECOUVERTE DE L'OBJET

 L'atlas nous avait été confié suffisamment tôt pour que, dès le mois de septembre, Lise, mon associée, et moi, puissions prendre contact avec Madame Catherine HOFFMAN, Directrice du département des cartes et plans à la Bibliothèque Nationale. Ce choix était dicté par les relations régulières que nous avions autour des globes présentés en ventes publiques et dont la Bibliothèque Nationale s'est souvent portée acquéreur, cela venait de se produire.. Nous avions souhaité que le restaurateur soit présent, un des feuillets nous paraissant fragilisé.
L'intérêt pour l'atlas a, bien sûr, été unanime, la préservation de la troisième carte envisagée sans problème ...
Lise a garanti que cet ensemble ne serait pas présenté à la vente avant le mois de mars, tout en invitant Madame Hoffmann à faire vite : nous entrions dans la période la plus dangereuse. Le vendeur-déposant restant propriétaire jusqu'au coup de marteau et pouvant toujours se rétracter pour vendre de gré à gré à l'étranger ou en France. Des fuites étant prévisibles et mon estimation, 80000 à 100000 €, étant susceptible d'attiser les convoitises.

 

 

LA DECISION DE L'ACQUISITION : POURQUOI ACHETER ? ACHETER POUR OU ?

 

Il a été  reproché au Ministère de la Culture d’utiliser le denier public avec un manque de discernement artistique. Effectivement, dans les années 80, certaines acquisitions ont paru disproportionnées et ont suscité l'intervention, très médiatisée, de spécialistes. Ceci a mis fin à un rythme d'achat un peu compulsif.

Aujourd'hui, les choses sont différentes. Les publications de la Cour des Comptes, les mises en ligne sur internet et autres communications, font que les actions du Ministère de la Culture sont sous haute surveillance. De plus, cette surveillance n’est plus uniquement exercée par leurs pairs, les achats et les commentaires associés faisant de plus en plus fréquemment les brèves de quotidiens grand public.

Parallèlement, une relation de confiance s'établit progressivement entre marchands, experts et responsables de départements ou de commissions du patrimoine.

Dans le cas qui nous intéresse, et pour résumer : il ne fallait pas laisser échapper cet atlas.
L'intérêt de celui-ci pour le patrimoine n'a, à aucun moment, été mis en doute.
Il fallait ensuite s'assurer de rester dans des limites raisonnables de montant d'acquisition, nous verrons plus loin par quel moyen.

Il a été décidé, enfin, d'en faire profiter une collectivité locale qui réfléchissait depuis quinze ans à un grand projet de bibliothèque méditerranéenne, prévue, de surcroît, à une portée d'arbalète de l'atelier de François Ollive.

 

 

LA PREPARATION DE L'ACQUISITION

 

Au mois de décembre, les Commissaires-priseurs, Carole Jezequel et Xavier Gauducheau ont été prévenus que l'atlas devait être présenté à la commission des Musées Nationaux.
Compte tenu du calendrier, nous convenions avec le Président de la commission de prendre date pour le début d'année suivante, à l'occasion d'une commission peu chargée.
Le 6 janvier, la commission des trésors nationaux se réunissait pour une sculpture et les portulans, ce qui me permettait d'attendre la délibération sur place : une heure après, l'atlas était classé trésor national. 

 

 

 

Avis n° 2003-03 de la commission consultative des trésors nationaux
NOR : MCCF0300026V

Saisie par le ministre de la culture et de la communication en application de l'article 7 du décret no 93-124 du 29 janvier 1993 modifié relatif aux biens culturels soumis à certaines restrictions de circulation ;
Vu la loi no 92-1477 du 31 décembre 1992 modifiée relative aux produits soumis à certaines restrictions de circulation et à la complémentarité entre les services de police, de gendarmerie et de douane, notamment son article 7 ;
Vu le décret no 93-124 du 29 janvier 1993 modifié relatif aux biens culturels soumis à certaines restrictions de circulation ;
Vu la demande de certificat d'exportation déposée le 17 septembre 2002, relative à un Atlas portulan de la Méditerranée de François Ollive, encre et gouache sur vélin, 1646,
La commission régulièrement convoquée et constituée, réunie le 6 janvier 2003,
Après en avoir délibéré,
Considérant que l'oeuvre pour laquelle le certificat d'exportation est demandé est un atlas d'une exceptionnelle qualité, composé d'un ensemble complet et parfaitement cohérent de trois cartes figurant la Méditerranée occidentale, centrale et orientale, insérées dans une belle reliure d'époque ; qu'il a été exécuté par François Ollive, issu d'une dynastie de cartographes originaires de Majorque et représentant le renom de l'école d'hydrographie de Marseille du xviie siècle, alors en plein développement ; qu'il constitue la première oeuvre actuellement connue de cet hydrographe, datée, signée et conservée dans un excellent état ; qu'en outre, il s'agit d'un portulan d'une remarquable originalité par son iconographie très abondante et inhabituelle dans la cartographie marine manuscrite, illustrée de représentations des allégories des quatre éléments ainsi que de surprenantes scènes bibliques ; que cet atlas témoigne d'un aspect inédit des réalisations de François Ollive et aussi de la vitalité de la production hydrographique provençale au xviie siècle ;

Qu'en conséquence elle présente un intérêt majeur pour le patrimoine national du point de vue de l'histoire et de l'art et doit être considérée comme un trésor national,
Emet un avis favorable au refus de certificat d'exportation demandé.

Pour la commission :

Le président, E. Honorat

 

PARALLELEMENT, LA VENTE S'ORGANISE

 


Les publicités et l'expédition du catalogue n'ont fait que préciser les conditions et dates de la mise aux enchères de l'atlas, je pense pouvoir dire que tous les amateurs concernés étaient au courant.

Si notre devoir de réserve nous empêchait d'aborder toute probabilité d'une préemption d'Etat, nous devions, en revanche, faire part aux étrangers de la décision de classement au titre de trésor qui interdisait l'exportation. Lise, à qui je laissais volontiers les conversations anglophones, a dû décliner, entre autres, une participation à la création in extremis d'une SARL franco-américaine autorisée à surenchérir.

 

 

 

L'ACQUISITION

 

La vente aux enchères s'est déroulée à Rennes, en nocturne, dans la salle des ventes de BRETAGNE ENCHERES.
Carole JEZEQUEL était "au marteau", dissimulant, plus que maîtrisant, comme à l'habitude, ses sentiments, devant une salle très attentive et tout aussi émue. De 50000 €, prix de départ, les enchères ont atteint 120000 € soit 20% de plus que l'estimation. Une jeune femme est intervenue, au nom des Musées de Bretagne, pour manifester le désir de l'Etat d'utiliser son droit de préemption pour acquérir l'atlas.
Le dernier enchérisseur s'est levé et a quitté la salle : c'est une erreur, l'état ayant deux semaines pour se rétracter, il utilise parfois ce droit lorsque des analyses plus fines l'invitent à revenir sur sa décision. Toujours transiter par l'estrade pour y laisser ses coordonnées.

 

 

LE REGLEMENT DE L'ACQUISITION

Bien que ce soit l'Etat qui se soit porté acquéreur de l'atlas, il l'a fait pour le compte d'une collectivité locale, celle-ci n'ayant pas la possibilité d'utiliser le droit de préemption. C'est cependant à cette collectivité d'en assurer le paiement.

 

Délibération du Conseil Municipal de la ville de Marseille :

VILLE DE MARSEILLE
REPUBLIQUE FRANCAISE
DEPARTEMENT DES BOUCHES-DU-RHONE

EXTRAIT DES REGISTRES DES DELIBERATIONS DU CONSEIL MUNICIPAL

Séance du 19 Mai 2003

PRESIDENCE DE MONSIEUR Jean-Claude GAUDIN, Maire de Marseille, Sénateur des Bouches-du-Rhône.
L'Assemblée formée, Monsieur le Maire a ouvert la séance à laquelle ont été présents membres.
03/0528/CESS
DIRECTION GENERALE DES AFFAIRES CULTURELLES - DIRECTION DES BIBLIOTHEQUES - Acquisition d'un atlas-portulan du XVIIème siècle - Demande de subvention.
03-8122-BM
- o -

Monsieur le Maire, sur la proposition de Monsieur le Conseiller délégué aux Musées, Monuments Historiques, aux Bibliothèques, au Muséum, aux Archives Communales, et au Cabinet des Médailles, soumet au Conseil Municipal le rapport suivant.

La Bibliothèque Nationale de France a attiré l'attention de la Direction des Bibliothèques de la Ville de Marseille sur un projet de vente aux enchères concernant un atlas - portulan, œuvre d'un hydrographe marseillais du XVII° siècle, François OLLIVE.

La Commission consultative des Trésors Nationaux, consultée à ce sujet, a émis
le 6 janvier 2003 un avis favorable au refus du certificat d'exportation et proposé le classement
comme Trésor National (arrêté du 16 janvier 2003, après avis n°2003/03 de la Commission, J.O.
du 25 janvier 2003).

Cette pièce, reconnue comme exceptionnelle, date de 1646. Elle est composée d'un ensemble complet et cohérent de trois cartes figurant la Méditerranée centrale, occidentale et orientale dans une reliure d'époque, et dont l'iconographie est abondante et inhabituelle.

C'est un remarquable témoignage de la vitalité de la production hydrographique provençale au XVII° siècle.

Cette pièce viendra enrichir le fonds de portulans méditerranéens de la Bibliothèque Municipale, fonds développé depuis de nombreuses années, et rehaussera de manière tout à fait opportune nos collections, au moment où Marseille se prépare à ouvrir au public la future Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale « l'Alcazar ».

Le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction du Livre et de la Lecture, a informé la Ville de son intention d'accorder une subvention substantielle pour l'acquisition de cet atlas.


Telles sont les raisons qui nous incitent à proposer au Conseil Municipal de prendre la délibération ci-après :

LE CONSEIL MUNICIPAL DE MARSEILLE, VU LE CODE GENERAL DES COLLECTIVITES TERRITORIALES, OUÏ LE RAPPORT CI-DESSUS

DELIBERE

ARTICLE 1 Est approuvée l'acquisition par la Ville de Marseille d'un atlas-portulan du
XVIIème siècle, œuvre d'un hydrographe marseillais, François OLLIVE.
ARTICLE 2 Le montant de l'acquisition est estimé à 120 000 Euros HT, soit 138 011,76 Euros TTC.
ARTICLE 3 Les crédits nécessaires à cette acquisition seront imputés au Budget 2003
de la Direction des Bibliothèques - nature 2161 - fonction 321 - service 382 - opération 2442-03.
ARTICLE 4 Monsieur le Maire ou son représentant est habilité à solliciter la subvention attendue de 93 800 Euros, (quatre vingt treize mille huit cents Euros) auprès du Ministère de la Culture, Direction du Livre et de la Lecture.


Vu et présenté pour son enrôlement à une séance du Conseil Municipal
MONSIEUR LE CONSEILLER DÉLÉGUÉ AUX MUSÉES, AUX MONUMENTS HISTORIQUES, AUX BIBLIOTHÈQUES, AU MUSÉUM, AUX ARCHIVES COMMUNALES ET AU CABINET DES MÉDAILLES
Signé : Roger LUCCIONI

LE MAIRE DE MARSEILLE
SENATEUR DES BOUCHES-DU-RHONE
Jean-Claude GAUDIN

 

LA PRESENTATION DE L'ACQUISITION

 

MARSEILLE (Communiqué de l'AFP) - 14/11/2004 17h21 -

  Le Président Jacques Chirac a inauguré dimanche, dans une vaste cohue, la bibliothèque de l'Alcazar à Marseille..

... Il s'est fait expliquer le fonctionnement de la plus grande bibliothèque hors Paris, projet lancé il y a 17 ans sur le site de l'ancien music-hall de l'Alcazar....


... Le Chef de l'Etat a observé à la loupe des documents rares, dont trois cartes manuscrites enluminées sur parchemin formant l'Atlas-portulan de la Méditerranée de François Ollive, géographe marseillais, et datant de 1646, qui constitue "un trésor national"....

 

 

CONCLUSION

 


Sans l'action délibérée que nous avons souhaitée et menée à bien avec Carole Jezequel et Xavier Gauducheau, l'Etat n'aurait été averti de la mise en vente de cet atlas de trois cartes portulans, qu'à l'occasion des publicités et de la réception du catalogue, soit dans les délais légaux des quinze jours précédant la vente.

L'utilisation du droit de préemption aurait été possible mais, sans le classement comme trésor national, la possibilité d'une surenchère étrangère aurait rendu l'acquisition incertaine.
De son coté, le propriétaire de l'atlas, qui avait envisagé un produit de vente d'environ le cinquième du résultat, était très satisfait. Il est à noter, de surcroît, que l'acquisition étant le fait d'un musée national, le vendeur est exonéré de la plus-value de 5% (ici, une Twingo neuve).
En ce qui nous concerne, nous avons compensé notre participation, sinon notre "complicité", à limiter le marché au territoire français, par une importante publicité au niveau national.

Le montant d'adjudication atteint, un record pour ce type d'atlas, son acquisition pour le compte d'un tout nouveau musée dans sa ville de création, témoignent, si besoin est, qu'un partenariat responsable reste le meilleur moyen de maintenir ou enrichir le patrimoine national tout en préservant les intérêts de chacun.

 

 

© Bruno Petitcollot, webmaster. Droits de reproduction liés à un accord préalable.